mardi, avril 20, 2021
Politique

L’object de la politique en RDC : Des intrigues de palais, pas l’amélioration du bien-être collectif

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L’OBJET DE LA POLITIQUE EN RDC : DES INTRIGUES DE PALAIS, PAS L’AMÉLIORATION DU BIEN-ÊTRE COLLECTIF

La politique à Kinshasa est en plein bouleversement : la coalition entre le président Félix Tshisekedi et Joseph Kabila s’est effondrée, entraînant une reconfiguration radicale du pouvoir dans le pays. En cette période d’intrigues politiques, peu de choses ont cependant été faites pour répondre aux besoins du peuple congolais. Des discussions de fond sur la manière de transformer l’État et l’économie ont été mises en veilleuse. Le pouvoir est, au moins pour l’instant, une fin en soi, et non un moyen de développement économique ou de changement social.

La stratégie au sein du camp présidentiel semble consister à « prendre d’abord le pouvoir afin de sortir de cette coalition maladroite avec Kabila et, ensuite, à retrousser les manches » comme me l’a expliqué un des alliés du chef de l’État au Parlement. En effet, la devise d’Étienne Tshisekedi, « le peuple d’abord » – que les partisans de son fils ne cessent de lui rappeler lors des rassemblements – a laissé place à l’exhortation de Kwame Nkrumah : « Cherchez d’abord le royaume politique et tout le reste suivra ».

LES TACTIQUES POLITIQUES NE FONT PAS UN PLAN DE RÉFORME 

Tshisekedi a connu un succès surprenant en ce qui concerne son émancipation politique. Il y a deux ans, les journalistes décrivaient Kabila comme le pouvoir derrière le trône, et l’opposition affirmait que Tshisekedi n’était que sa marionnette. Après tout, l’élection de ce dernier en 2018 est largement controversée. Aussi le Parlement, le gouvernement et les exécutifs provinciaux étaient encore tous dominés par des fidèles de Kabila. Mais, à partir du début de l’année dernière, Tshisekedi a commencé à arracher le pouvoir à son allié de la coalition. Il a remanié les officiers de l’armée, nommé trois nouveaux juges à la Cour constitutionnelle et a changé le conseil d’administration de la plus grande compagnie minière de l’État. Ces mesures ont culminé le 10 décembre 2020 avec la destitution de Jeanine Mabunda, alors présidente de l’Assemblée nationale. Le 5 février, Alexis Thambwe-Mwamba, président du Sénat, a également été évincé, et Tshisekedi devrait former un nouveau gouvernement d’ici mars. Selon les diplomates, le président s’attellera  ensuite à placer ses lieutenants à la Banque centrale et à la commission électorale. Il semble faire bon usage de son surnom, Fatshi Béton: l’homme de ciment. 

Mais les tactiques politiques ne font pas un plan de réforme. Depuis le début de la campagne électorale en 2018, il ne semble pas y avoir de stratégie globale pour réformer l’État, promouvoir la croissance économique et mettre un terme aux conflits violents. Cela ne veut pas dire que rien n’a été fait. Immédiatement après son entrée en fonction, le nouveau président a lancé un vaste projet d’infrastructure – le Programme des 100 jours. Le gouvernement affirme avoir construit ou rénové 132 écoles et 82 centres de santé, réalisé d’importants projets de production d’électricité et d’adduction d’eau, et construit une série de sauts-de-mouton à Kinshasa – dont certains ont finalement été inaugurés en décembre 2020. Et l’enseignement primaire gratuit est clairement devenu son initiative phare, lancée en septembre 2019 et qui a réussi – du moins selon la Banque mondiale, qui finançait le programme jusqu’à ce qu’elle gèle les paiements en raison de problèmes de gouvernance – à inscrire 2,5 millions de nouveaux élèves dans les écoles. 

Cependant, le plan de réforme de Tshisekedi suscite des inquiétudes considérables. Tout d’abord, quel est le plan ? Bien que le gouvernement ait publié son programme du gouvernement en août 2018, il s’agissait d’une liste à puces de grands objectifs, et non d’un plan détaillé des moyens juridiques, financiers et administratifs nécessaires pour y parvenir. Par exemple, le plan pour faire face à l’insécurité dans l’est de la RDC comprend des platitudes comme « rétablir la sécurité dans le nord-est du pays » et « réhabiliter les infrastructures militaires nécessaires ». 

Certains des discours de Tshisekedi offrent de meilleurs indices. En restant dans le secteur de la sécurité, par exemple, il a dit qu’il allait mettre en place un quartier général avancé de l’armée à Beni, qu’il allait ouvrir de nouvelles académies militaires, et qu’il faisait pression pour qu’un nouveau programme de démobilisation soit mis en place : le DDRCS, désarmement, démobilisation, réinsertion communautaire et stabilisation. Mais tout cela ne constitue pas un plan, et peu de détails sont mis à la disposition du public. Aujourd’hui, avec plus de 5 millions de personnes déplacées dans l’est du Congo, où environ 120 groupes armés sont actifs, et avec un nombre croissant de massacres, en particulier autour de Beni, cette absence de plan et de vision est profondément décevante. 

Des objections similaires pourraient être formulées à l’égard d’autres secteurs.

Valentin Kabandanyi

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